Les casernes de pompiers de la Basse-Ville d’hier à aujourd’hui
Par Michel Rossignol
ipal d’Ottawa a décidé d’acheter deux chariots d’échelles et de crochets pour deux brigades de pompiers volontaires, une dans la Basse-Ville. Il n’y avait pas suffisamment de fonds dans le budget pour acheter des chevaux, donc il fallait vingt volontaires pour tirer un chariot lorsqu’il y avait un feu.
Il y avait un autre problème. À cette époque, il y avait une grande rivalité entre la Basse-Ville et la Haute-Ville de sorte que, malgré un long débat, on ne pouvait pas se mettre d’accord sur laquelle des deux brigades serait la Brigade de pompiers numéro 1. On a enfin décider de régler la question en tenant une course sur la rue Rideau où les deux équipes de pompiers ont tiré leur chariot entre les rues Wurtemburg et Sussex. L’équipe de la Basse-Ville a gagné la course et portait fièrement le nom de Brigade de pompiers numéro 1.
Dix ans plus tard, en 1874, le gouvernement municipal a décidé que le temps était venu de doter la Ville d’Ottawa d’un service des incendies avec des pompiers professionnels. On a aussi augmenté le nombre de casernes de pompiers afin de répondre aux besoins d’une ville en pleine expansion. Ainsi, dans la première moitié du vingtième siècle, il y avait deux casernes de pompiers dans la Basse-Ville.
La caserne de pompiers numéro 5 a été une caserne du service des incendies de 1897 à 1952. Elle était au 235 de la rue Water (aujourd’hui la rue Bruyère) au coin nord-ouest de l’intersection des rues Water et King Edward. Les pompiers de cette caserne ont combattu des incendies non seulement dans la Basse-Ville, mais aussi aux alentours, y compris à Eastview (aujourd’hui Vanier). La caserne a aussi participé à la vie du quartier. Il y a eu quelques soupers de fèves au lard avec des groupes communautaires et les gens allaient à la caserne pour voter lors d’élections municipales.
Mon grand-père, Eugène Rossignol, fut un des pompiers de la caserne numéro 5 d’environ 1912 à la fin des années 1920. D’autres résidents de la Basse-Ville ont aussi été des pompiers de la Ville d’Ottawa y compris trois générations de la famille Pagé, Édouard, Armand, et Robert (voir l’Écho de juin 2023). Le Capitaine Édouard Pagé était à la caserne numéro 5 notamment dans les années 1920 et 1930 et Armand Pagé fut le Chef du service des incendies d’Ottawa de 1961 à 1966.
On a fermé la caserne de pompiers numéro 5 en 1952, mais on n’a pas démoli l’édifice. On l’a transformé en édifice résidentiel. Dans les années 1970, la Ville d’Ottawa a décidé d’établir dans l’ancienne caserne un centre communautaire. En octobre 1979, on a ouvert le Centre communautaire Armand Pagé qui avait maintenant comme adresse le 241 rue Bruyère. La population du voisinage a beaucoup utilisé le centre, mais au milieu des années 1990, la Ville d’Ottawa a décidé de le fermer et de vendre l’édifice. Celui-ci a de nouveau été transformé en logement et il est toujours là, au coin de Bruyère et King Edward, un fier symbole du passé de la Basse-Ville.
L’autre caserne de pompiers dans la Basse-Ville était la caserne de pompiers numéro 4 située au 387 rue Cumberland sur le coin nord-est de l’intersection de George. Le Service des incendies d’Ottawa a utilisé cette caserne de 1911 à 1963. Dans les années 1800, il y a eu de nombreux feux au Marché By qui a détruit les boucheries et magasins et le service des incendies a reconnu l’importance d’avoir une caserne près du marché. D’ailleurs, les pompiers de la caserne numéro 4 ainsi que des pompiers d’autres casernes ont combattu un des plus gros incendies dans l’histoire de la Basse-Ville. Le 2 janvier 1957, une journée de froid glacial, le feu a détruit les édifices du côté sud de la rue Murray entre Sussex et Parent.
Après la fermeture de la caserne en 1963, l’édifice a été démoli et le terrain a été un stationnement pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, il y a un gratte-ciel de logements à cet endroit. Pour remplacer la caserne au coin de Cumberland et George, on a construit une nouvelle caserne sur le coin nord-ouest de l’intersection des rues Cumberland et Clarence. Après quelques décennies, on a fermé cette caserne et on a démoli l’édifice. Aujourd’hui, on trouve à cet endroit un édifice à logements. C’est ainsi que la longue histoire des casernes de pompiers dans la Basse-Ville a pris fin. Aujourd’hui, c’est la caserne numéro 13 sur la rue Laurier ainsi que d’autres casernes près de la Basse-Ville qui portent secours en cas de feu ou d’accidents.

Dans les années 1930, une fille joue à la marelle dans la rue Water (aujourd’hui Bruyère) tout près de la caserne des pompiers Numéro 5. On peut voir les portes de la caserne à l’arrière-plan. / In the 1930s, a girl plays hopscotch on Water Street (now Bruyère) close to Fire Station No. 5. The doors of the fire station can be seen in the background.
(Photo: Library and Archives Canada/Bibliothèeque et Archives Canada, 4211426)
