Jours de joie et de remerciements
Par Michel Rossignol
Lorsque les jours sont difficiles et plein d’inquiétudes, ce souvenir de jours dans le passé où les résidents de la Basse-Ville ont célébré peut nous apporter du confort. Par exemple, on a beaucoup célébré le 7 mai 1945, un lundi. La journée a commencé paisiblement comme les autres jours du printemps de 1945, mais à la tombée de la nuit, les gens dansaient dans les rues de la Basse-Ville.
Aujourd’hui, on commémore la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe le 8 mai, le jour proclamé par le Canada et ses alliés, le Royaume-Uni et les États-Unis, comme étant le Jour de la victoire en Europe. Cependant, les Ottaviennes et les Ottaviens ont commencé à célébrer la fin de la guerre dès le matin du 7 mai en apprenant que les forces allemandes avaient rendu ses armes la veille. Le titre de la première page de l’édition du 7 mai du journal Le Droit (qui était alors imprimé sur la rue George) ne contenait qu’un seul mot en lettres majuscules : « CAPITULATION ». Pour les lectrices et lecteurs du journal, juste ce mot était suffisant pour comprendre que la guerre en Europe avait enfin pris fin et que l’on pouvait maintenant espérer le retour au Canada des unités militaires canadiennes, y compris celles qui ont libéré les Pays-Bas.
Juste avant midi, le 7 mai, de grandes foules ont commencé à célébrer dans les rues du centre-ville d’Ottawa. Souvent pendant la guerre, il y avait sur l’heure du midi une parade de militaires canadiens dans les rues d’Ottawa pour encourager l’achat de bons de la victoire pour appuyer l’effort de guerre. Ce jour-là, le défilé est devenu partie intégrante des célébrations, notamment dans le secteur entourant le Monument commémoratif de guerre du Canada et l’hôtel Château Laurier. Juste à côté de l’hôtel, dans l’édifice Daly (démoli dans les années 1990) au coin des rues Rideau et Mackenzie, des fonctionnaires heureux jetaient par les fenêtres des formulaires qui étaient maintenant inutiles. En peu de temps, les rues ont été inondées de papier, mais ceci n’a pas causé de problèmes pour la foule qui marchait sur la rue Rideau pour exprimer sa joie. Le titre d’un article dans Le Droit du 7 mai a bien résumé la situation en affirmant que la capitale du Canada était en délire.
Par coïncidence, il y avait d’autres célébrations dans la Basse-Ville à cette époque. L’année 1945 fut également le centenaire de l’arrivée à Bytown d’Élisabeth Bruyère et des Sœurs de la Charité (aussi appelées Sœurs Grises). Les Sœurs fondèrent des écoles et le premier hôpital d’Ottawa, qui devint plus tard l’Hôpital général de la rue Bruyère (aujourd’hui l’emplacement de l’Hôpital Élizabeth-Bruyère de Santé Bruyère).
Une cérémonie pour marquer le centenaire a eu lieu à l’Hospice St. Charles, une résidence pour aînés qui était alors sur la rue Bruyère entre Dalhousie et Cumberland et qui avait aussi été fondé par les Soeurs de la Charité d’Ottawa. Ces célébrations étaient sans doutes assez sobres. Celles qui ont eu lieu à quelques rues de là, à l’intersection des rues Dalhousie et St Patrick, dans la soirée du 7 mai étaient exubérantes. Une foule joyeuse a bloqué la circulation et des résidents de la Basse-Ville ont dansé dans l’intersection pour célébrer la fin de la guerre. Des danses semblables ont eu lieu ici et là à travers la Ville d’Ottawa selon le Ottawa Citizen du lendemain.
Un peu de temps après la fin de la guerre, la famille royale néerlandaise a fait don de bulbes de tulipes pour remercier le Canada de son rôle dans la libération des Pays-Bas des nazis et pour avoir offert un refuge à la famille pendant la guerre. Avec ce don et le Festival canadien de la tulipe, la tulipe est devenue un élément majeur du printemps à Ottawa. Les tulipes dans la Basse-Ville et ailleurs à Ottawa sont aussi des souvenirs des jours de joie et de remerciements du passé.
